Lionel Le Falher

21.05.2008 | Lionel Le Falher

  
Le peintre Lionel Le Falher est mort. A cinquante et un ans. Méconnu de ses contemporains, maudit par l’idéologie esthétique dominante, il était un représentant de ce que Aude de Kerros appelle "l’art caché", cet art d’aujourd’hui que les institutions culturelles officielles nous privent de connaître. Comme l’albatros de Baudelaire, que ses trop grandes ailes empêchent de marcher, il souffrait de ce que le monde qui l’entourait ne soit pas à la mesure de son idéal. Il était à la poursuite d’un Graal qui lui aurait apporté le salut par la beauté. Son cœur épuisé l’a trahi. Je l’avais perdu de vue il y a déjà une douzaine d’années, parce qu’il ne supportait plus mon jugement. A l’époque où nous nous connaissions, nous étions aussi impatients et entiers l’un que l’autre. Je lui reprochais de ne pas tout donner à son art, de ne pas se sacrifier entièrement. La pauvreté lui faisait peur, il consacrait trop de temps à un métier de restaurateur de tableaux, qui lui apportait un confort appréciable. Il a accepté d’autres compromissions sociales qui n’ont pas suffi à lui apporter la gloire à laquelle il pouvait légitimement prétendre. Et moi je le poussais vers le vide, vers l’azur, vers la beauté intense qui l’appelait. Il me trouvait dur, il croyait même que je le méprisais, quand au contraire c’était mon admiration qui me faisait lui parler ainsi, lors d’interminables soirées passées ensemble qui se prolongeaient fort avant dans la nuit.

Je pense toujours ce que je pensais alors, mais je te demande quand même pardon, Lionel.Ceux qui l’ont connu prennent cette mort prématurée en pleine face, comme une défaite pour tous ceux qui aujourd’hui combattent pour la beauté, et comme une évidente injustice. La tristesse au cœur, l’amertume aux lèvres, il ne nous reste plus qu’à méditer sur ce destin brisé.Le voilà donc arrivé au bout de son voyage ici-bas, dans ce monde qu’il rêvait de ré-enchanter. C’était un écorché vif, à la susceptibilité excessive, il se brouillait facilement ; et pourtant je ne connais personne qu’il ait fait souffrir. Et son art, lui, faisait toujours du bien à ceux qui ont eu la chance de l’approcher.

 


 

 Nouvel Hommage

 

 

S’étant offert un charmant petit pavillon Napoléon III à Saint-Benoît, dans la banlieue chic de Poitiers, il y est mort le 4 mai dernier sans que la plupart des habitants de cette bourgade aient jamais su que leur petite ville hébergeait un grand peintre. Un quotidien du cru, Centre-Presse, a publié en une petite colonne une mince nécrologie sans photographie, du même genre que celle qui signala la mort d’Apollinaire en 1918 : on croit revivre, avec cette disparition prématurée, les mêmes coups du sort, les mêmes injustices, la même malédiction qui pèse sur un trop grand nombre de grands créateurs... Suite ICI

 

 

 

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08:16 Publié dans L'Art Caché ou l'apprentissage de la solitude | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Tags : lionel le falher, littérature, poésie, ecriture, peintre, peinture

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Commentaires

Pourquoi associer célbrité et pauvreté, talents et misère ?
Pourquoi un artiste ne vivrait-il pas de son art correctement ?

Surtout quand on a le talent de ce Le Falher qui deviendra peut-être connu par sa mort mais pas plus grand ?

Je suis d'accord, l'art est l'otage de quelques marchands du temple !

Il faut que ça change.

Ecrit par : Yfig, déguisé en dialectique | 15.05.2008

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